Madeleine
Madeleine par Aurélie
Madeleine est une des premières personnes que j’ai contactée, en août dernier, pour lui proposer une rencontre. Son grand « oui » immédiat à l’époque nous avait réchauffé le coeur et donné des ailes pour imaginer la physionomie de notre futur voyage.
Nous nous sommes rencontrés tous les cinq au café du Musée de la civilisation, en décembre, alors qu’une tempête de neige tombait sur Québec. Nous avons passé trois heures ensemble à se raconter nos vies, dans une conversation naturelle et riche.
Madeleine est designer spécialisée dans la conception de micro-espaces éco-responsables et la fondatrice de sa propre compagnie, « Juste Milieu ».
Sais-tu d’où te vient ton goût pour les petits espaces ?
Je ne sais pas vraiment. J’ai rejoint le mouvement des mini-maisons lorsqu’il a éclos au Canada, en 2014 environ. J’ai tout de suite trouvé ça hyper mignon. Peut-être parce que je suis petite moi-même ! Si j’y réfléchis, peut-être aussi que c’est parce que j’ai grandi dans des grandes maisons – nous étions quatre enfants à la maison. Peut-être que mon goût pour les petits espaces me vient de là, comme un mouvement contraire.
Qu’est-ce qui t’a menée au design d’intérieur ?
J’ai toujours eu une passion pour ces sujets de l’aménagement mais je ne savais pas que cela pouvait être un métier. Je croyais qu’être désigner, c’était être décorateur et j’avais une image un peu superficielle, pas du tout écologique, du métier. Quand j’ai découvert que je pouvais marier ce métier à une dimension éco-responsable, cela a pris du sens pour moi. Je me suis lancée dans des études de design à l’université, pour essayer. Et ça m’a plu.
Tu t’es mise à ton compte à la fin de tes études de designer ?
Non ! J’ai fait plein d’études ! J’ai fait un DEC (Diplôme d’études collégiales) en théâtre. J’aime la scène, la danse, la musique, l’improvisation, depuis que j’ai 5 ans. Puis j’ai suivi mes études en design. Puis j’ai passé un certificat en développement durable pour avoir une spécialité plus écologique. J’ai aussi passé un diplôme en design de bâtiments écologiques avec Solution Era. J’ai fait sept ans d’études ; après ça, j’étais tannée ! Mais je ne me suis pas mise à mon compte tout de suite. J’ai rejoint une compagnie – la seule à Québec qui faisait du design éco-responsable – mais nous avons eu de gros conflits de valeurs. J’ai créé une compagnie avec une amie designer mais là aussi, nous avons eu des divergences de points de vue qui nous ont séparées. Pour moi, les valeurs écologiques sont essentielles et je ne suis pas prête à tout faire même si c’est pour gagner de l’argent.
Quelles sont les valeurs que tu défends justement ?
Je suis peut-être un mouton noir dans le monde de l’entrepreneuriat mais moi, mon but n’est pas de gagner toujours plus de contrats pour me développer. Je suis juste quelqu’un qui veut faire ce qui compte pour elle. Pour ça, j’ai besoin de consacrer du temps à mes clients, de jaser avec eux, de souper avec eux même ! Les valeurs humaines sont au coeur de mon travail. J’ai besoin de comprendre et connaître pour concevoir un design juste ensuite. Je crois aussi beaucoup dans l’entraide et la collaboration. Je ne comprends pas l’esprit de compétition « C’est toi ou c’est moi » qui prévaut parfois. Je trouve ça tellement dommage. Je me suis mise à mon compte pour défendre ces valeurs, pour pouvoir prendre des décisions qui me ressemblent, ne pas me compromettre. Et aussi pour pouvoir apposer ma signature sur mes créations.
Pourquoi as-tu décidé de nommer ton entreprise « Juste Milieu » ?
Le juste milieu, c’est l’équilibre. Je cherche à créer des petits chez-soi qui soient beaux, à l’image de chacun et écologiques.
Tu interviens sur quelles phases des projets ?
Je conçois le projet dans son design global, je décline les plans techniques, je choisis les matériaux, je propose les éléments de décoration. C’est très complet ! Je n’utilise pas de thermoplastique, je choisis des matériaux naturels, locaux quand c’est possible. Je suis vigilante aux choix énergétiques aussi, selon comment l’habitat est ou sera placé – le soleil, le vent, les arbres sur place… Au Canada, nous avons beaucoup recours à des standards en termes de construction et nous sommes en retard par rapport à l’Europe qui est très avant-gardiste. Certains terrains autorisent l’installation de mini-maisons mais c’est encore très restreint. Les municipalités n’aident pas du tout et mènent même la guerre aux mini-maisons pour certaines. Hors, les maisons au Québec sont hors de prix. Une personne seule ne peut pas acheter une maison. On voit de plus en plus d’itinérants dans les rues. Le marché des mini-maisons a besoin de se développer car il répond à un besoin.
Tu vis toi-même en mini-maison ?
Pas actuellement ; nous venons, avec mon copain, de clore un chapitre de deux ans et demi de vie en van. Nous avons acheté un mini-bus et l’avons converti pour pouvoir y vivre à l’année, même par moins 40 degrés. Nous nous sommes débarrassés de toutes nos affaires et avons vécu comme ça, parfois en mode nomade, parfois en mode sédentaire. Nous sommes allés en Gaspésie mais aussi au Mexique, en Basse Californie. Le deuxième hiver m’a fait me dire : ce sera le dernier ! C’est beaucoup de temps à consacrer à l’entretien pour maintenir en bon état un mini-bus par moins 40 degrés. C’est une routine qui peut épuiser. On a fini par se sentir comme encabanés. Ici, il y a beaucoup de dépressions saisonnières ; nous manquons souvent de lumière.
Mais j’ai le projet de trouver un jour un terrain permettant d’installer ma mini-maison mais aussi celle de ma soeur et d’une amie, avec des espaces communs. Nous aimerions créer notre propre petite commune. C’est mon projet de vie.
Tu réalises aussi des aménagements de vans ?
Oui. Je conçois des mini-maisons, je mène aussi des projets de rénovation pour optimiser son espace (aménager sa mini salle de bain par exemple). Dès que c’est un casse-tête, ça me va !
Quel sens donnes-tu à Juste Milieu, au-delà de ton métier ?
Mon but est d’aider les gens. Je m’adapte à leurs moyens parce que j’ai à coeur de rendre l’habitation belle et fonctionnelle pour celles et ceux qui n’ont pas les moyens de vivre dans une grande maison. C’est ça qui me semble juste. J’essaie de le faire sans insulter mon métier et ma valeur.
Je veux aider les gens à se sentir bien chez eux. L’impact de l’endroit où l’on vit est énorme. Il est essentiel de rendre son environnement plus sain. Je suis par exemple obsédée par l’éclairage parce que je sais à quel point ça compte pour se sentir bien. Je suis très attentive aux couleurs aussi. Comment peut-on mettre du gris sur ses murs ? On sait, des études l’ont prouvé, que cette couleur finit par être déprimante ! Le bien-être avant tout !
Que peut-on te souhaiter pour la suite ?
Je me sens en période de transition. Je chante depuis toujours, je joue de la guitare, je compose mes chansons. Et j’ai en ce moment des opportunités qui se présentent à moi pour développer ce volet-là de ma vie. Je dois voir comment tout mener de front. Mais je fais confiance à la vie. Les bonnes choses arrivent naturellement. Si tu donnes le bien, le bien te revient. J’y crois beaucoup. Tout a une raison d’être. Il n’y a ni coïncidence ni hasard selon moi. Alors voilà, la musique dans ma vie, ça va arriver un jour. La vie va faire ce qu’il faut pour ça, du moment que j’ai manifesté mon désir et que je reste ouverte.
Nous nous quittons après voir parlé de la couleur jaune, de cette année 9 qui clôture un cycle et de l’année 1 qui s’ouvre à nous, de l’animé « One Piece » (c’est un moment de notre conversation où Robin a pris le relais), de la Vie qui fait ce qu’il faut et de la possibilité d’aller pêcher sur la glace avec son compagnon qui est guide de pêche. Je pars avec une longue liste de références et liens à envoyer à Madeleine pour poursuivre notre conversation. Et avec en tête toute une réflexion autour de l’idée de juste milieu que Madeleine nous invite à voir non pas comme un consensus tiède mais comme une terre de convictions franches à défendre. L’équilibre ne serait pas un renoncement ou une contorsion mais un point de vérité et de justesse où l’essentiel n’est jamais rogné. Ce n’est pas un petit sujet, et je sais que j’ai beaucoup à en apprendre.
Madeleine par Montaine
Madeleine aime décorer des petits espaces, le jaune, les couleurs le chant,le théâtre et elle se préoccupe beaucoup de l’éclairage.
Elle a toujours vécu dans une grande maison et c’est justement pour ceci qu’elle a décidé de vivre dans un van.
Après ses études, Madeleine a voulu travailler dans le design (certificat solution ERA).
Avec le temps elle s’est associé avec une de ses amies mais malheureusement elles avaient trop de de différences de valeurs.
Elle a décidée en 2023 de vivre en van avec son copain, qui est guide de pêche en Gaspésie.
Madeleine a tout designé elle-même et elle a vécu 2 ans et demi dedans.
Elle est allée au Mexique, et a bien profité, malgré le froid !
Plus tard elle a décidé de passer un temps sans faire de déchets, et c’est ce qu’elle a fait pendant 2-3 ans. Elle a même décidé de devenir végétarienne !
Apres avoir travaillé dans différentes entreprises où ça n’a pas toujours été facile, elle s’est mise à son compte. Et aimerait bien, un jour, se lancer dans la musique.
Madeleine par Xavier
Madeleine est l’une des premières personnes avec qui nous avons souhaité échanger.
Juste Milieu est le nom du projet que porte Madeleine.
Nous nous sommes rencontrés par l’entremise des analyses interactionnelles de l’algorithmique Instagram.
Aurélie a ensuite pu faire les présentations et organiser la rencontre, la vraie (tout ce qui relève de l’organisation repose d’ailleurs beaucoup sur Aurélie).
Nous aimons ce qu’elle fait, la façon dont elle le fait, son prénom, et je me rappelle très bien du plaisir que nous avons eu quand elle nous a répondu qu’elle était d’accord pour un temps d’échange et de partage. Nous avions officiellement RDV avec une architecte Québecoise, spécialisée dans la conception écologique et minimaliste de micro-habitats. Le pied, et la clef de voûte d’un projet consistant, aussi, à rencontrer toute une équipe qui serait en mesure de construire des habitats comme nous les rêvons, pour analyser les points communs et les différences de travail, que rapprochent et séparent 5000km à vol d’avion.
Comment construit-on là-bas, à l’impériale, avec une tête, des mains, des pouces et des pieds ?
Nous nous rencontrons au musée de la civilisation, à Québec. La seconde première impression confirme un mélange d’intuition et de projection que suscitent les contacts virtuels.
Madeleine est de celles qui portent la force de leur vécu. Elle dégage cette douceur dense, que le contraste avec des moments de vie durs rend palpable.
Après avoir levé les voiles de timidité avec quelques présentations et les premières gorgées de boissons chaudes, Madeleine nous parle de son parcours d’architecte, de designer d’objet et plus largement, de créatrice.
C’est ce qu’elle est.
Madeleine crée.
Elle se fait porte-parole de la nature en concevant des lieux et des objets.
Les lieux compensent les imperfections génétiques en nous permettant de vivre en sécurité et au chaud.
Les objets nous apportent un bon équilibre entre le beau et le fonctionnel.
Juste milieu conçoit des espaces équilibrés, écologiques & minimalistes : des intérieurs soignés logés dans des épidermes de bois et de verre.
Madeleine nous retrace son parcours marqué par des constats et des combats, des convictions défendues, des positions clivantes affirmées et de façon assez claire, fidèle à sa bonté d’âme introvertie. Elle s’est opposée, a refusé, a quitté parfois pour garder sa trajectoire que des éléments extérieurs aurait pu faire dévier.
Madeleine cherche à faire le bien en créant des lieux et des objets, en y mettant du moins et de la douceur, du durable et du bon sens : elle rend le monde du bâtiment plus androgyne.
Demain, au printemps de son talent musical elle continuera à embellir le monde en chantant.
Madeleine par Robin
Dessin du « Totobus », le mini-bus rénové et aménagé par Madeleine, dans lequel elle a vécu deux ans et demi avec son compagnon
