18. Déc 2025 | Par Xavier

Montréal

Nous avons passé 10 jours à Montréal. C’était mieux que très bien. Au début, on découvre. Les rues, les trottoirs en béton, les balcons en façade, et les façades en briques. Et sous elles, les constructions en bois. Tous ces matériaux, c’est beau. C’est calme. Nous arrivons la veille de l’anniversaire de Robin, et en profitons pour fêter, en amoureux, les 15 ans de la fin de notre vie qu’à deux. Ce sera au théâtre, pour assister à l’ouverture du festival interculturel du conte de Montréal. La classe. Pour assurer le coup, nous prévoyons 1h30 de rab sur le temps de trajet pour assurer les imprévus et manger. Nous nous régalons d’une baguette bien faite et de bonnes vieilles tranches de saucisson sec, mangées dans la rue, en marchant, à l’ancienne. Ce gueuleton nomade nous fait gagner du temps, ce qui nous permet de profiter des lieux, de goûter une pâtisserie pour le plaisir de la bouche et pour calmer l’anxiété stomacale. Sur scène, plusieurs artistes se succèdent pour nous conter des histoires autour du thème du refuge. Ils sont onze. Le travail de certains parle aux autres, et le travail d’autres me parle, à moi. Ceux-là sont trois. Les deux premiers nous content l’histoire de Rose d’épine, une belle au bois dormant revisitée. L’un nous partage la mélodie de son violon, et l’autre celle de sa voix. C’est tellement beau que, cueilli par l’histoire de Rose et la beauté de ce que je reçois, j’en pleure. Un autre conteur nous parle de ses îles de natales de la Madeleine, « le Moyen-Orient du Canada », d’un pêcheur qui part si tôt le matin et rentre si tard le soir qu’il lui arrive de se croiser dans l’escalier, de son père qui lui apprend que face à la mer, on ne voit rien mais on voit loin, de son frère, qui lui dit qu’il l’aime en lui faisant des conserves, et qui décrocherait la lune s’il pouvait la mettre en bocal. Les histoires de frères qui s’aiment, ça me parle autant que les différentes manières qu’ils ont de se le dire. Le lendemain, nous emmenons les enfants dans un parc d’attraction installé sur l’île Sainte-Hélène, à Montréal. La première attraction est un roller coaster. Pendant 90 secondes, j’expérimente un mélange de sensation forte et foraine de mort imminente. Je rejoins le ciel à coup de loopings, sans tunnel et sans lumière, et je reviens à la vie, ce qui me donne une date d’anniversaire supplémentaire et commune à Robin. Je comprends mieux pourquoi cette attraction s’appelle le boomerang. Même sensation dans une attraction qui nous propulse à 45m de haut en 2 secondes. C’est trop haut, et pas assez lent. J’ai pris cher, Aurélie a passé des heures à nous attendre en raison de l’affluence, mais les enfants étaient contents. Le soir, cerise sur le gâteau, je prends une prune de 186$ pour m’être garé trop près d’un poteau incendie. Je m’en veux un peu sur ce coup-là… Ici, il y a des écureuils plein les rues, qui font le tour des arbres pour nous éviter au fur et à mesure de notre avancée, et rentrent dans les maisons si nous ne faisons pas attention. Aurélie est vigilante, Montaine aimerait les caresser, Robin et moi nous demandons quel goût ils ont, à la broche ou en confit effiloché. Robin les appelle des frérots, et les défie dans des concours de regards. Il gagne à chaque fois ,et galvanise au passage sa capacité de concentration, terrain sur lequel il n’est pas toujours à l’aise. Urbains mais peu civilisés, les écureuils mangent les citrouilles et ce qu’il y a dans les poubelles. Nous trouvons que les Montréalais sont respectueux des règles. Tout le monde attend bien sagement au feux que le petit piéton blanc s’allume pour traverser la rue, même s’il n’y a pas de voiture à l’horizon. Il y a peu de klaxons et peu d’énervement. Les températures extrêmement basses doivent leur donner plus de sang froid. Quand nous entrons dans une boutique, nous disons bonjour et lorsqu’on en sort, ils nous disent bonjour. Ils nous demandent comment nous allons quand on passe à la caisse, glissent un « ça m’fait plaisir » quand on leur dit merci, et ça nous fait plaisir. Elodie, une amie d’Aurélie, a la gentillesse de prendre du temps pour nous faire visiter un peu de son quartier beaucoup du parc du Mont-Royal, une colline de nature colorée d’automne et scarifiée par des chemins plus ou moins larges, et plus ou moins pentus. Elle a été aménagée par un type qui s’appelait Frederick Law Olmsted, connaissait son job et avait un bon CV, avec notamment la conception de Central Park. Nous logeons chez un jeune couple qui a profité de notre séjour chez eux pour aller prendre des vacances ailleurs. L’appartement que nous avons est parfait. Chacun a son espace de nuit. Il est largement assez grand et très lumineux. Sa décoration divise les avis. Tous les objets sont très vieux et souvent curieux. Il y a plein de livres, un oiseau empaillé beige et blanc, un ventilateur foncé avec une photo sur chaque pale, un truc que j’ai regardé du coin de l’œil, qui a dû être vivant avant de se retrouver ici, dans un bocal de formol. Il y a un masque de visage à la bouche pendante, dont Aurélie perçois l’intention artistique et qui me donne la sensation, rattrapé par ma formation de pompier, d’être dans un cas flagrant d’AVC. Le quartier où nous sommes est génial ! Il y a de bonnes boulangeries, des rues calmes, des trottoirs pour courir, des vélos en libre service, des cafés où l’on peut s’installer pour travailler, une pédicure pour l’ongle incarné de Montaine, des librairies, une confiserie, un opticien et un tatoueur. Aurélie me propose, un matin, de nous installer quelques heures au « café des habitudes ». Après une succession de courtes analyses introspectives m’invitant à moins de café et plus d’habitude, je me dis que l’expérience ne peut être qu’intéressante. Il y a des alternatives au café, des pâtisseries maison, des gens libres et des livres. On peut écrire, directement sur une cloison, quelque chose que l’on a en soit, et que l’on veut libérer en le partageant par écrit, silencieusement. Un mur à murmures. Le voyage vers les États-Unis arrive et nous sommes enchantés de la perspective d’y revenir 3 semaines dans 15 jours.

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